Le projet de loi Morin accueilli fraîchement
NUCLÉAIRE – Le texte a été présenté au Conseil des ministres
Réunis à l’Assemblée
nationale, parlementaires et associations de défense des vétérans ont expliqué à la presse pourquoi, selon eux, le projet de loi d’Hervé Morin n’est pas du tout satisfaisant. Toutefois,
certains, comme Hélène Luc soulignent qu’enfin une loi va venir au secours des victimes.
“C’est la déception pour toutes les familles !” , déclare Guy Fischer qui estime en outre que les dix millions provisionnés par Hervé Morin pour 2009 sont insuffisants… pour indemniser 150 000 personnes (sic). Il condamne aussi le fait que le ministre soit juge et partie pour décider ou non de l’indemnisation et évoque le système de l’indemnisation de l’amiante, meilleur à ss yeux.
En 3 points :
1. Le projet de Loi Morin d’indemnisation des victimes du nucléaire a été adopté en conseil des ministres à Paris
2. Le ministre de la Défense promet des aménagements lors du débat parlementaire.
3. Le sénateur Richard Tuheiava demande notamment le remboursement de la CPS.
Maxime Gremetz ne regrette pas les efforts qui ont été menés : “Enfin, il y a un projet de loi, discuté avec le ministre, les parlementaires et les associations. Maintenant, il faut voir qu’il y a des choses qui posent problèmes. Nous allons continuer la bataille et présenter des amendements dans les hémicycles. Ce sont des amendements élaborés en commun par des députés et des sénateurs de la majorité et de l’opposition. Le comité d’indemnisation indépendant et le comité de suivi ont créé un consensus”. Pour Me Teissonnière, la loi n’est pas une bonne loi. Il déplore en outre la résistance du ministre à créer un fonds d’indemnisation avec participation des associations comme pour l’amiante. Il s’étonne qu’il n’y ait pas de recours juridictionnel d’indiqué. En cas de désaccord, il faudra faire un recours en annulation pour excès de pouvoir contre la décision du ministre devant les tribunaux administratifs, lesquels ne peuvent qu’annuler la décision du ministre. Et du coup, le ministre devra prendre une nouvelle décision ! C’est une situation absurde selon lui ! Il souhaite que les tribunaux compétents soient alors Paris et Papeete.
Michel Verger considère pour sa part que tous les essais étaient dangereux, réussis ou ratés. “On a pris des vétérans pour des cobayes !”, assène-t-il.
Remboursement de la CPS ?
Richard Tuheiava voit “des cataclysmes” (sic) se profiler à l’horizon. Il persiste dans sa demande d’ajouter à l’indemnisation des victimes une indemnisation
pour dégradation de l’environnement et de rajouter même une indemnisation pour bouleversement social et dégradation de deux atolls. On sait pourtant qu’Hervé Morin a clairement dit que le
projet de loi portait uniquement sur des personnes victimes des essais. Notre sénateur préfère apparemment une approche globale, considérant que la France à causé des dommages aux humains
et à la Nature. Ce sera dur à faire passer cela à Paris. Le second cataclysme, selon lui, est l’effondrement prévisible du système de prévoyance de la CPS qui finance déjà des malades du
nucléaire. Il veut attirer l’attention du gouvernement sur une aide nécessaire à cette institution polynésienne, sinon, selon lui, l’indemnisation des victimes sera à la charge de ladite
CPS. Pourtant, Hervé Morin se déclare en principe prêt à étudier le remboursement des dépenses déjà effectuées par la CPS. Reste à elle de fournir des données chiffrées précises. Par
ailleurs, notre sénateur doute beaucoup de la méthode de détermination des sites contaminés. Il compte aussi se battre pour que l’on préfère le recours juridictionnel (comme le préconise Me
Teissonnière) plutôt que le recours de droit commun devant les tribunaux administratifs. Richard Tuheiava reconnaît quand même que “le projet de loi a le mérite d’avancer une
reconnaissance. C’est le gouvernement qui a véritablement brisé la glace et qui a quand même posé des garanties législatives pour ne pas être esquinté sur le plan de l’accès aux archives
nucléaires et qui en plus inscrit cela à moyen terme dans une stratégie d’allègement des charges en faveur de la Polynésie française. On veut vraiment supprimer la DGDE ! (…) Ce projet de
loi n’est pas équitable. On se trompe de direction”.
Le gouvernement est donc attendu au coin du bois et les débats parlementaires s’annoncent musclés, si, du moins, les élus arrivent à conserver un front commun autour de ces dix amendements.
Philippe Binet
Le projet en bref
Qui est concerné?
Toute personne ayant séjourné à l'intérieur ou à proximité des deux centres d'expérimentation du Sahara algérien jusqu'au 31 décembre 1967. Pour les essais conduits en Polynésie française, la période retenue s'étend du 2 juillet 1966 au 31 décembre 1998 et les zones concernées seront définies par un décret d'application publié au Journal officiel. Les personnes concernées devront être atteintes de l'une des maladies qui seront considérées comme liées aux essais nucléaires. Une liste de 18 maladies -essentiellement des cancers- doit être fixée par le décret d'application. Elle pourra cependant évoluer au gré des connaissances médicales.
Qui décidera de l'indemnisation?
Les demandes seront soumises à un comité d'indemnisation présidé par un conseiller d'État ou à la Cour de cassation et composé, pour l'essentiel, d'experts médicaux. Le décret devrait fixer à neuf le nombre de membres de ce comité. Les associations de vétérans n'y seront pas représentées.
Quels délais d'examen?
Six mois -sauf mesures d'instruction particulières comme une expertise médicale- au cours desquels le comité devra s'assurer que "le lien de causalité entre la maladie (...) et les essais nucléaires peut être regardé comme existant". Le comité émettra une recommandation au ministre de la Défense qui la notifiera à l'intéressé.
Comment sera versée l'indemnité et quel montant?
L'indemnisation sera versée sous forme d'un capital dont le montant sera déterminé par le comité d'indemnisation. Il devrait être similaire à celui du préjudice moyen reconnu par les tribunaux, soit autour de 50 000 à 60 000 euros en moyenne. Toute réparation déjà perçue pour la même pathologie sera cependant déduite du capital.
Quelles voies de recours?
S'agissant d'une décision ministérielle, le tribunal administratif sera compétent.
AFP


